Jean-Yves Duclos

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Allocution sur les classes moyennes sous pression dans l’OCDE et les pays émergents

Le 1er décembre 2016 – Paris (France)

Le texte prononcé fait foi

Madame Ramos, délégués, distingués invités.

J’aimerais remercier la Banque mondiale et l’OCDE de m’accueillir aujourd’hui.

C’est un honneur pour moi de faire entendre la voix du Canada dans ce dialogue international visant à lutter contre les inégalités, qu’elles soient économiques, sociales ou encore politiques.

L’inégalité est un enjeu mondial dont nous devons nous soucier maintenant plus que jamais.

Bien que l’économie mondiale n’ait jamais autant prospéré, les richesses demeurent très inégalement réparties.

En effet, quarante-deux pour cent du revenu mondial va dans les poches des 10 % les plus riches, alors que les 10 % les plus pauvres n’obtiennent que 1 % du revenu mondial.

Dans les pays riches, le revenu moyen est 30 fois plus élevé que dans les pays pauvres.

Même l’espérance de vie est radicalement différente : dans les pays riches, les gens peuvent espérer vivre en moyenne 22 ans  plus vieux que dans les pays pauvres.

De plus, le taux de mortalité infantile est 13 fois plus élevé  dans les pays pauvres que dans les pays riches.

Nous vivons dans un monde ou l’extrême richesse côtoie l’extrême pauvreté, et ce, non seulement à l’échelle mondiale, mais également à l’intérieur des frontières de nombreux pays.

Entre ces deux extrêmes, les travailleurs pauvres et les membres de la classe moyenne éprouvent des difficultés et se demandent de plus en plus quel est leur rôle et leur place dans la société et à quoi ils peuvent s’attendre.

De plus, l’exclusion socio-économique et l’inégalité, qu’elles soient réelles ou imaginées, peuvent soulever la frustration et la colère.

Et ces sentiments génèrent des enjeux politiques de plus en plus inquiétants.

Comme le premier ministre Justin Trudeau le disait :

« La préoccupation d’être perdant n’est pas propre au Canada. Nous le voyons avec tous les appels au nationalisme plutôt qu’à la mondialisation qui sont fait dans le monde et avec ceux qui promettent de construire des murs plutôt que d’en démolir. Lorsque la prospérité n’est pas partagée, les gens se sentent de plus en plus laissés pour compte et cela les conduit à chercher de fausses solutions à leurs problèmes. »

La situation au Canada  

Au cours des prochaines minutes, j’aimerais vous parler plus spécifiquement de l’inégalité économique et sociale au Canada ainsi que des mesures qui ont récemment été prises par le gouvernement du Canada pour faciliter une meilleure inclusion économique et sociale pour tous nos citoyens.

Je reviendrai plus tard sur le lien avec l’inclusion politique et les processus décisionnels inclusifs.

D’abord, bon nombre d’entre vous ne sont probablement pas au courant de la situation actuelle au Canada.

En 2014, le Canada s’était classé au 20e rang des pays ayant le coefficient de Gini des inégalités de revenus le plus bas parmi les 34 membres de l’OCDE (classés du plus élevé au plus bas).

L’inégalité des revenus (encore une fois selon le coefficient de Gini) a significativement augmentée au Canada entre 1989 et 2014. Elle est passée de 0,281 en 1989 à 0,311 en 2014.

Dans son récent article sur l’inégalité des revenus, Michael Veall, un professeur d’économie à l’Université McMaster au Canada a remarqué que la part du revenu qui appartient au 1 % des plus riches est passée de 8 % à 12 % entre 1980 et 2010. Il s’agit d’une augmentation considérable.

Dans un article que j’ai écrit avec mon dernier étudiant à la maîtrise, Mathieu Pellerin, nous avons découvert que le coefficient de variation des salaires horaires chez les travailleurs à temps plein a doublé entre 1980 et 2010, et cette augmentation pourrait être largement attribuable à l’augmentation du 0,1 % des salaires horaires à temps plein les plus hauts.

L’incidence des changements démographiques, ou des changements d’inégalité des revenus entre les groupes était minime; la majorité de la variation d’inégalité des revenus pouvait être attribuée aux changements à l’intérieur même des groupes, ce qui s’explique une fois de plus par les modifications aux salaires de la tranche supérieure.

En octobre 2015, le Canada a eu des élections générales. Notre gouvernement a été élu avec une plateforme qui apportait de nouvelles idées et qui proposait de les réaliser différemment.

Plus important encore, nous avons promis un gouvernement plus ouvert et transparent.

Tout au long de la campagne, nous avons mis l’accent sur notre volonté d’aider la classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour en faire partie.

Nous avons aussi promis de travailler à une meilleure inclusion sociale de certains groupes comme les Autochtones, les Canadiens vivant dans le Grand Nord, les Canadiens handicapés, les femmes, les enfants et la communauté des LGBTQ2.

Réduction des impôts et support aux familles de la classe moyenne

L’une des premières actions posées par notre gouvernement a été la réduction des impôts de la classe moyenne et l’augmentation des impôts du 1 % des Canadiens les plus riches. Cela a permis d’appuyer la classe moyenne canadienne comptant 9 millions de personnes grâce à une réduction d’impôt allant jusqu’à 1 300 $ par famille.

En juillet dernier, nous avons aussi créé la nouvelle Allocation canadienne pour enfants qui constitue la politique sociale novatrice la plus importante d’une génération.

L’Allocation canadienne pour enfant est non imposable, plus simple, plus transparente et plus équitable que le système complexe de crédits d’impôts ultraciblés et d’appui aux familles à revenu élevé. Ce programme permettra de réduire de 40 % la pauvreté chez les enfants d’ici 2017 et d’atteindre le niveau de pauvreté le plus bas jamais connu au Canada.

Le taux de pauvreté chez les enfants devrait ainsi passer de 11,2 % à 6,7 %; près de 300 000 enfants seront sortis de la pauvreté à court terme.

Pour une famille de la classe moyenne comptant quatre personnes et ayant un revenu familial total de 90 000 $, l’Allocation canadienne pour enfants offrira un montant annuel d’environ 5 700 $ : une augmentation non imposable d’environ 1 800 $ par rapport au programme de prestations pour enfants précédent.

Pour un chef de famille monoparentale ayant deux enfants et un revenu familial de 30 000 $, l’Allocation canadienne pour enfants offrira un montant annuel de 11 800 $ : une augmentation de près de 250 $ non imposable par mois.

Neuf familles canadiennes sur dix recevront des prestations plus élevées qu’avant grâce à l’Allocation canadienne pour enfants.

Les aînés d’aujourd’hui et de demain 

L’accroissement de la longévité, le décroissement de l’accessibilité à des régimes de pensions à prestations déterminées, la population vieillissante et les conditions changeantes du marché du travail minent la sécurité du revenu pour un nombre croissant d’aînés canadiens.

En regardant le portait actuel de la situation, nous constatons qu’une famille à l’approche de la retraite sur quatre n’économise pas suffisamment.

Le nombre de membres de la classe moyenne qui se retrouvent dans cette situation est encore plus élevé.

Cette situation doit être améliorée afin que plus de Canadiens connaissent une retraite digne et sûre.

C’est pour cette raison que nous travaillons actuellement à bonifier le Régime de pensions du Canada afin que les Canadiens puissent prendre leur retraite en disposant d’une meilleure sécurité du revenu.

La bonification fera passer d’un quart à un tiers du revenu préretraite familial après impôt la portion des gains admissibles que les travailleurs reçoivent du Régime de pensions du Canada.

De plus, la limite de gains admissibles sera augmentée de 14 %.

Cela fera en sorte que le pourcentage de familles à risque de connaître l’insécurité financière à la retraite passera de 24 % à 18 %.

Bien que certaines familles seront encore à risque de ne pas épargner suffisamment après la bonification, le degré d’insuffisance de l’épargne sera concrètement réduit.

Parmi les familles à risque, l’écart du revenu de retraite médian après impôt—la différence entre le revenu de retraite actuel et celui que l’on vise est de 60 % du revenu préretraite—devrait être réduit de plus de la moitié, passant de 8 300 $ à 3 700 $.

Puisque la bonification du RPC comprendra une augmentation de la Prestation fiscale pour le revenu de travail (PFRT), laquelle excède la cotisation supplémentaire au RPC que les travailleurs à faible revenu payeront, ils finiront avec davantage d’incitatifs au travail et à l’épargne-retraite.

Ainsi, les travailleurs à faible revenu en tireront avantage à court terme, parce qu’ils verront leur revenu disponible augmenter, et aussi à long terme, puisqu’ils auront une retraite plus décente. Un total de 6 000 travailleurs à faible revenu sera sorti de la pauvreté à court terme.

Une autre bonne nouvelle est que nos jeunes travailleurs bénéficieront d’une grande augmentation du montant de leurs prestations de retraite.

Les jeunes Canadiens trouvent souvent difficile d’épargner de façon sûre, fiable et efficace. Bon nombre d’entre eux occupent un emploi n’offrant aucun régime de retraite d’entreprise.

Le Régime de pensions du Canada offre une prestation sûre, prévisible et à vie, c’est-à-dire qu’il fait en sorte que les Canadiens ont moins à s’inquiéter d’épuiser leur épargne ou de voir leur épargne touchée par des bouleversements externes, un ralentissement du marché ou l’inflation.

Tous les travailleurs canadiens bénéficieront de cette bonification, particulièrement les membres de la classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour en faire partie.

Le RPC bonifié se traduira en plus d’inclusion : un accès équitable accru à un régime de pension plus sûr et efficace, de meilleurs incitatifs au travail et à l’épargne et un plus grand support aux travailleurs à faible revenu, une meilleure protection contre les risques financiers et de longévité liés à l’épargne-retraite et une sécurité financière augmentée pour des centaines de milliers d’aînés canadiens.

Une meilleure inclusion sociale et économique signifie également la protection de la dignité des aînés qui n’ont pas été capables d’épargner suffisamment en leur évitant de vivre dans l’extrême pauvreté.

C’est pour cette raison que nous avons rétabli l’âge de l’admissibilité aux prestations de la Sécurité de la vieillesse à 65 plutôt qu’à 67 ans.

La décision de fixer cet âge à 67 ans avait été prise par le gouvernement précédent en l’absence d’une évaluation scientifique adéquate des incidences sociales et économiques.

Le manque de rigueur politique et le manque de sensibilité envers le bien-être de nos aînés les plus vulnérables dont ce gouvernement a fait preuve sont l’une des raisons pour lesquelles je me suis lancé en politique et je suis avec vous aujourd’hui.

Lorsque j’étais encore professeur d’économie à l’Université Laval, j’ai formé une petite équipe de chercheurs et de diplômés pour étudier l’incidence de ce changement.

Nous avons estimé que, avec le changement prévu, près de 100 000 futurs aînés canadiens de 65 et 66 ans se seraient retrouvés en situation de pauvreté extrême chaque année dès l’implantation complète de la politique.

Ainsi, le taux de pauvreté chez les aînés serait passé de 6 % à 17 %.

Un homme âgé de la classe moyenne aurait vu son revenu diminuer de 11 %, et une femme âgée de la classe moyenne aurait vu son revenu diminuer de 32 %.

Les 20 % des aînés les plus vulnérables auraient subi 40 % de la perte de revenu total découlant de cette politique; ils auraient aussi perdu 35 % de leur revenu total.

Inclusion politique 

Permettez-moi maintenant de revenir aux liens existants entre les dimensions sociale, économique et politique de l’inclusion.

Je pense ici à la façon dont les procédures et les résultats économiques et sociaux peuvent susciter un sentiment d’exclusion chez les membres de la population et à comment ces sentiments peuvent miner la confiance qu’éprouvent les citoyens à l’égard de la capacité du gouvernement à travailler pour servir les intérêts de tous.

En retour, cela peut entraver la capacité des sociétés à surmonter certains de leurs principaux problèmes de développement, qu’ils soient de nature économique, sociale ou environnementale.

Outre les principes procéduraux comme l’équité horizontale ou les jugements extérieurs comme les critères de Pareto, les économistes accordent généralement moins d’importance à la qualité de la procédure qu’à la valeur « bien-être collectif » qui en résulte.

Mon expérience récente en tant que politicien m’a apprise que nos citoyens valorisent les procédures bien plus que les économistes ne le croient. La possibilité de participer à des consultations menant à l’élaboration de politiques est très importante en soi.

Les citoyens savent aussi que lorsqu’une procédure d’élaboration de politique est inclusive, respectueuse et représentative des divers intérêts et opinions, alors elle mène à de meilleurs résultats.

Les Canadiens savent et veulent entendre qu’il est toujours possible de faire mieux et notre engagement continu envers eux alimente leur sentiment d’espoir.

L’engagement continu favorise également l’élaboration de politiques axées sur les personnes et rappelle aux dirigeants élus et non élus pour qui et pour quoi ils doivent travailler fort tous les jours.

En conclusion, le Canada a encore beaucoup à faire pour arriver à alléger le fardeau de sa classe moyenne.

En dépit de sa modeste position, le Canada comprend et assume sa responsabilité de contribuer au développement mondial et compte le faire d’une façon respectueuse, mais déterminée.

Cette responsabilité guide nos efforts nationaux et internationaux visant à démontrer que la diversité peut constituer une force lorsqu’elle est combinée à l’inclusion et que l’inclusion dans le processus décisionnel et le caractère inclusif des résultats socio-économiques revêtent de l’importance. Alléger le fardeau de la classe moyenne est bénéfique à la fois à l’économie et à la politique.

Merci.

 

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